« Ulysse » épisode 1: notes de lecture

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« Ulysse » épisode 1: notes de lecture

Episode 1

schéma de Joyce:

Homeric link/Lien avec Homer: Telemachus/Télémaque
Time/Heure: 8 h, le matin
Place/Lieu: Martello Tower
Color: white, gold/blanc, or
Body part/partie du corps: none/aucun
Art: Theology
Symbol: Heir/héritier

Quand Ulysse commence, il est 8 heures du matin, le jeudi 16 juin 1904, à Dublin. Le premier épisode est un levée de jour ou une naissance, où est présenté Stephen Dedalus, le héros du premier roman de Joyce, A Portrait of the Artist as a Young Man. Stephen est maintenant âgé de 22 ans; un an s’est à peu près écoulé depuis la fin du Portrait, quand Stephen a quitté Dublin pour faire des études de médecine à Paris, en disant: “Welcome O life! I go to encounter for the millionth time the reality of experience.” Depuis, il a été en effet confronté à la vie « réelle »: la vie d’un étudiant bohème à Paris, interrompue par la mort de sa mère, et il a maintenant un emploi comme professeur dans une école de garçons.

Le style d’écriture de cet épisode reflète la personnalité de Stephen — « un jeune esthète sérieux et narcissique, » selon les mots de Stuart Gilbert.

Les trois premiers épisodes forment un pont entre Portrait et Ulysse.

Ces épisodes introduisent aussi la quête de Stephen, son départ de la « maison » à la recherche de son « vrai père (métaphorique), » ou bien de son vrai soi. Il cherche à devenir « complet. » Il s’est brouillé avec son père biologique, Simon Dedalus, « qu’il a perdu dans un pub. »

Ces épisodes n’ont pas de partie du corps correspondante car ils sont consacrés à Stephen, qui existe plus pleinement dans le monde spirituel. Il n’a pas encore un « corps, » c’est à dire qu’il n’est pas encore « entier. »

Le symbole que Joyce associe à ce premier épisode est l’héritier, car Stephen et l’épisode sont, comme un héritier, liens entre le passé et le futur; Stephen est aussi l’héritier d’un « père » qui reste pour le moment inconnu, et il est, comme nous tous, l’héritier de son vrai soi.

La théologie est l’art de l’esprit, le domaine de Stephen.

Les couleurs blanc et or sont celles du matin.

La première scène se situe dans le Martello Tower, au bord de la mer à Dublin, où Stephen habite avec Buck Mulligan, un étudiant en médecine irlandais qui se moque de lui et le tyrannise. Un ami de Mulligan, Haines, un riche anglais d’Oxford à la recherche de folklore pittoresque irlandais, reste en ce moment avec eux. Stephen, malgré sa pauvreté (il porte les habits que Mulligan lui a passés), paie le loyer; en plus, Mulligan lui demande la clé et de l’argent. C’est une première triade/trinité: le père (Haines, colonisateur, maître), le fils (Mulligan, colonisé, servant) et le « saint esprit » (Stephen, qui refuse les deux « extrêmes » et qui n’est pas pleinement « incarné »).

L’épisode débute par un rituel, une sorte de Messe Noire, célébrée avec moquerie par Mulligan au moyen « d’un bol de mousse à raser sur lequel un miroir et un rasoir reposaient en croix. »

Il faut se rappeler que l’Irlande en 1904 n’était pas encore libérée de l’impérialisme anglais et était, comme aujourd’hui, férocement catholique.

La narration est plutôt directe, mais nous trouverons très vite une première bribe du monologue intérieur de Stephen: « Chrysostomos, » qui signifie en grec, « bouche d’or. » Ce mot surgit dans l’esprit de Stephen en association avec Mulligan et ses dents blanches qui brillent avec des éclats d’or. (St. John Chrysostomos était un père de l’église; pour le personnage de Mulligan, Joyce a utilisé comme modèle Oliver St. John Gogarty, avec qui il a vécu un temps dans le Martello Tower pendant l’été 1904.)

La vieille femme qui apporte le lait représente l’Irlande – conquise, oppressée, exploitée à la fois par Mulligan (traître à son peuple et à son vrai soi) et par Haines (le colonisateur, le soi avide); elle représente aussi le soi perdu et souffrant, errant dans l’ignorance. Stephen rejette les deux – Mulligan et Haines – et il est dégouté de constater que la vieille « s’incline » devant eux, ses oppresseurs, mais elle ne lui prète que peu d’attention. Il n’est pas « vu, » car en effet il n’est pas « incarné. »

Stephen fait toujours le deuil de sa mère, non sans quelques traces de culpabilité: il a refusé de se mettre à genoux et de prier pour elle sur son lit de mort quand elle le lui a demandé. Il refuse de servir ses deux « maîtres, » l’église (le pouvoir spirituel) et l’empire Britannique (le pouvoir matériel). Il refuse de servir Mulligan et Haines. Il refuse corps et esprit, forme et non-forme. Que peut-il faire alors? Où se trouve son vrai soi? L’épisode se termine avec la pensée de Stephen à propos de Mulligan: « Usurpateur. »

Chaque groupe de trois épisodes forme aussi une triade. Ce premier épisode est consacré principalement à l’éspace (la forme): la tour, Mulligan “en majesté, dodu,” “la mer vert-morve,” le soleil, les nuages, le petit-déjeuner (trois œufs, les jaunes individuels dans une masse de blanc que Mulligan sabre pour la diviser), le “corniaud” (en anglais “dogsbody,” qui peut être god’s body), les habits de seconde main, les clefs, etc. L’épisode suivant aura le temps (non-forme) comme toile de fond.

— Amy Hollowell Sensei

By | 2017-04-04T06:58:23+01:00 décembre 14th, 2006|Art et Zen|2 Comments

About the Author:

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Enseignante Zen et poète, Sensei Amy “Tu es cela” Hollowell est née et a grandi à Minneapolis, aux Etats-Unis. Arrivée en France en 1981 pour étudier la littérature et l’histoire, elle y est restée, s’installant à Paris, où elle élève ses deux enfants et gagne sa vie en tant que journaliste. The Zen teacher and poet Amy “Tu es cela” Hollowell Sensei was born and raised in Minneapolis, but came to France in 1981 to study literature and history and has lived in Paris ever since, raising her two children and making a living as a journalist.

2 Comments

  1. gentatsu 4 janvier 2007 at 13 h 48 min - Reply

    seshin … mange à part avec les serveurs … toilette mortuaire de ma mère, viande ficelée …youndja, fille droite, larmes, ma femme … dehors la lumière est dorée, gifle, gasho, gifle … qu’est-ce-que c’est? Je ne vois pas … les marches à toute volée, un paquet sur le pas de ma porte, Ulysse, Gallimard, l’odeur délicieuse du papier ! … Vous n’avez pas tout ce que j’ai, vous ne pouvez pas comprendre !!! la chatte qui passe ressemble à la reine Victoria, ne pas déranger, faire attention … de la poudre plus précieuse que de l’or, mes mains sont sèches … ATTENTION ! .. surtout, surtout ne pas perdre le fil, FAIS PAS L’INTERESSANT, BON DIEU !!!
    points de suture, ne pas faire trop de bruit, il y a quelqu’un qui (essaye de) medite(r), le silence de Nansen ! Tu entends, dis? Tout prés, tout prés, vraiment le même? … kimono d’enfant, le bruit des pieds nus sur les planches … la rigolette, rires de clochette, ting, ting, tong, ting, tong, ting … AH MAIS !!! … cette tristesse, tout de même, vieil homme, vieil homme, ARRETE DE ROUSPETER !!! … café, café

  2. gentatsu 4 janvier 2007 at 13 h 20 min - Reply

    … que ce ventre est gros et mu et cette poitrine de goutière … une vieille veste rapée de serge gris, des lunettes branchées, le crane rasé qui porte bien, le teint halé, un pull de femme gris aussi, largement échancré sur un vieux marcel noir, des jeans troués, les pieds nus dans des mules rayées, assis seul dans la bibliothèque avec le ticking of the clock reliable as long as it tick tick tick et le vent du nord dehors qui blow blow blow avec rien pour l’arréter. La gorge un peu nouée, je commence la lecture d’Ulysse ainsi : Hommage au Buddha-Dharma dans les dix directions et à la Sangha des pouilleux, des pas conformes, des irréconnaissables, des pas commodes, des pas-gentils, des pète du cul, des je vous emmerde, des emmerdés, des civilement saignés à blanc, des méthadonnés, shikantazés et la gueule trouée d’un grand sourire, je vous Namu trois fois et je me prosterne à tous vos pieds …

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