“Ulysse,” épisode 2: notes de lecture

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“Ulysse,” épisode 2: notes de lecture

Homeric link/lien avec Homère: Nestor
Place/lieu: The school/l’école
Hour/heure: 10 a.m./10 heures
Color/couleur: Brown/maron
Body part/partie du corps: none/aucun
Art: History/histoire
Symbol: Horse/cheval

Au début de l’épisode 2, Stephen donne un cours d’histoire à l’école de Mr. Deasy, à Dalkey. Dans le schéma de Joyce, l’histoire est l’art de cet épisode, et le temps a donc priorité sur l’espace, qui occupait la première place dans l’épisode 1.

Le monologue intérieur de Stephen devient de plus en plus fréquent. Joyce n’a pas encore introduit la technique pour d’autres personnages.

Dans “l’Odyssée” d’Homère, Nestor est un vieillard, le chef des conducteurs de char, et il donne des conseils “sages” au jeune Télémaque qui a entrepris de retrouver son père absente, Odysseus (Ulysse). Maintenant Stephen entame sa propre recherche, et Deasy est le “Nestor’’ de Joyce; mais celui-ci est une source de vieilles croyances et de connaissances apprises par cœur. Il s’accroche aux idées fixes et aux identités figées. Le directeur d’école est un anglophile qui collectionne les coquillages, les pièces de monnaie et des cuillières portant les images des apôtres. Il est un sujet enthousiaste de l’empire Britannique, traître à son peuple et à son vrai soi. Son “savoir’’ est vide de vie; il s’accroche à une illusion de soi. Deasy offre à Stephen une “sagesse’’ du passé et du futur, mais ne lui propose rien du moment présent. Il demeure dans le passé (ses vues politiques conservatrices et ses propos rigides à l’égard de l’Irlande, de l’Angleterre et des juifs en sont le preuve); il épargne de l’argent pour l’avenir (et encourage Stephen à faire de même).

Le symbole de l’épisode est le cheval. Le Nestor d’Homère était un conducteur de char et il s’occuppait donc des chevaux. Le cheval est un animal noble qui sert un maître tyrannique. Stephen, tel un cheval, est “bridé et agité’’ (écrit Stuart Gilbert), il cherche à se libérer et à devenir “complet.’’

“L’histoire,’’ dit Stephen, “est un cauchemar dont j’essaie de m’éveiller.’’ Pour lui, l’histoire tue le moment présent. L’histoire organise, catégorise et fixe tous les phénomènes et les êtres, cherchant à limiter ce qui n’a pas de limite, à définir ce qui ne peut être défini. Stephen cherche à s’éveiller à ce moment présent, à se libérer de l’ignorance et des entraves de son soi “historique’’ et faux.

Il est 10 heures du matin. Stephen se met en route vers le “maintenant, l’ici,” donnant un cours d’histoire où il est question de la bataille de Tarentum, “victoire’’ acquise par Pyrrhus sur les romains, mais au prix d’un coût humain considerable. Stephen voit que toute “victoire” est en vérité “pyrrhique.”

L’épisode est imprégnée des strates du temps: l’histoire de César dans le leçon; l’histoire irlandaise dans le discours de Deasy; l’histoire “spirituelle” du Christ à laquelle pense Stephen, histoire de “Celui qui marcha sur les flots’’ et dont “l’ombre s’étend,” non limitée par le temps et l’espace.

Il est clair que le temps est relatif. Joyce le révèle avec les contrastes: Deasy est vieux, Stephen est jeune; Stephen est vieux, les élèves sont jeunes. Stephen observe son jeune élève Sargent penché sur un problème de mathématique et il pense, “Tel il est tel j’étais,” et “C’est mon enfance qui se penche près de moi.” Il pense à sa mère, celle qui l’a nourri et soigné. Mais il note que son enfance – le passé – ne peut pas être saisie, car celui-ci est “trop loin pour que ma main la touche au passage ou du bout des doigts.’’

Tout chez Deasy et dans son bureau est stagnant, figé, rigide. “Per vias rectas,” dit celui-ci, ce qui en latin signifie “par les routes droites.” En effet, pour un tel homme, il n’y a pas de place pour les 99 tournants du moment present.

Les élèves distraits sont déjà sous l’emprise de la culture du faux soi: on leur apprend à mémoriser les noms, les dates, les lieux, mais on ne leur apprend pas à expérimenter la vraie nature de leur être et de l’univers qui bouge sans cesse, “la joute de la vie,” pour “les siècles des siècles.’’ Comme leur directeur, ils apprenent par imitation, en copiant, et donc ils passent à côté de l’essence.

Les dettes de Stephen, dont il fait un note mental, sont la preuve de sa tentative de vivre dans le présent, ici et maintenant, sans s’accrocher à quoi que ce soit. Quand Deasy lui demande s’il connait le sentiment du “je ne dois rien,’’ et s’il peut proclamer comme un Anglais fier, “J’ai payé mon dû,” Stephen répond, “Pour le moment, non.” Dans le moment présent, où tout change tout le temps, où rien n’est fixe, une telle proclamation n’est pas possible. En homme de l’esprit, de la non-forme, du maintenant, Stephen rejette le monde matériel de Deasy qui amasse — que ce soit les coquillages, les monnaies des Stuarts, les cuillières, les tradtions du passé ou de l’argent pour le futur. En même temps, la situation économique précaire de Stephen reflète aussi ce qui lui manque: le “corps” de la vie. Avec ses dents pourries et ses habits de seconde-main, sale et endetté, il ne tient pas compte du monde matériel, de la réalité concrète, du fait qu’il est nécessaire de soutenir son être. Les dettes laissent des traces à chaque instant.

Mais il manque à Deasy, au contraire, le monde de la non-forme, le monde fluide, l’essence qui ne peut pas être saisie. Il ne collectionne et ne reproduit que les formes, car il n’y a que des formes qui peuvent être collectionnées et reproduites. “J’ai fait un condensé de mon sujet,’’ explique Deasy à Stephen. Ses coquillages sont ainsi: les coquilles de la vie, mortes, le “dur’’ extérieur auquel il manque le  »doux’’ intérieur qui ne peut pas être saisi, tenu, copié, condensé ou exposé dans une vitrine. Ses pièces de monnaie sont, selon Joseph Campbell, “les solidifactions de l’énergie de la vie,’’ et ses cuillières représentant les douze apôtres sont des reliques vides du “sacré.’’ Se fixer sur de tels objets c’est comme se fixer sur le doigt qui indique la lune plutôt que de regarder la lune.

Stephen pense à Vico Road, une rue chic à Dalkey. Parmi les inspirations fondamentales de Joyce – avec Homère, Dante, Bruno et Shakespeare – figurait le philosophe italien Giambattista Vico et sa notion de retour cyclique (ricorso). Nestor le grec peut donc se manifester des siècles plus tard dans la forme d’un vieux maître d’école à Dublin. Cette notion est semblable à celle de la reincarnation bouddhiste et du cercle comme symbole de la réalité absolue. Ce thème traverse “Ulysse’’ et il est amené à maturité dans la dernière œuvre de Joyce, “Finnegans Wake.’’ “Comme il était au commencement, maintenant,’’ pense Stephen.

Il contemple le passé et se demande si tout aurait pu se dérouler autrement: “Si Pyrrhus n’était pas tombé dans Argos sous les coups d’une mégère ou si Jules César n’était pas mort poignardé.’’ Mais il ajoute, “Ou bien la seule possibilté fut-elle celle qui arriva?’’ Il s’agit de la contingence de chaque instant. Il n’y a que ceci, ici et maintenant; il ne peut pas en être autrement car c’est ainsi. (Les flocons de neige ne tombent pas ailleurs.) Stephen pense, “Tisse, tisseur de vent.’’ Tout est impermanent et interdépendant. “Ce doit donc être un mouvement, l’actualisation du possible en tant que possible,’’ conclut Stephen.

“J’entends s’effondrer l’espace, verre fracassé et maçonnerie croulante, et le temps n’est plus q’un ultime flamboiement blafard,’’ Stephen pense. Et si le temps et l‘espace sont ainsi detruits, il se demande, “Que nous reste-t-il donc ?’’ Encore et encore, toute au long du livre, Stephen va retourner à son dilemme, à cette lutte entre la forme et le vide, le spirituel et le matériel, le corps et l’esprit, le temps et l’espace. Que faire de la dualité? Comment être un?

Les garçons se dépèchent pour aller jouer au hockey, un jeu “étranger,’’ imposé par le colonisateur anglais. Les jeunes ne sont pas “vrais,’’ même dans leurs jeux.

Le préjugé de Deasy contre les juifs introduit un des thèmes préférés de Joyce: l’exile et le martyr, et le parallèle entre les peuples juif et irlandais. Comme nous allons le découvrir, Bloom est un juif irlandais qui n’est pas tout à fait à sa place dans un pays qui n’est pas vraiment le sien; Stephen, cependant, est un irlandais qui n’est pas tout à fait à sa place dans un pays colonisé qui est vraiment le sien. Chacun est un soi qui n’est pas chez lui, qui est mal à l’aise, qui n’est pas un. Deasy représente le soi ignorant qui ne voit que les différences et la séparation, et qui essaie de ne pas laisser entrer ce qu’il perçoit comme une menace (les juifs). De sa position de séparation, Deasy maintient que les juifs “ont péché contre la lumière.’’ De sa position de l’unité, Stephen répond, “Qui ne l’a fait?’’

Pendant que s’élève du terrain de jeu un grand cri, Stephen répond à la proclamation de Deasy que l’histoire humaine chemine vers le divin: Dieu, dit il, est un cri dans la rue. C’est une réponse digne du maître Zen Joshu et de son “cyprès dans le jardin.’’ Pour Stephen, Dieu, le divin, la vérité sont immanents partout, à chaque instant. “Ce qui est là devant toi, c’est cela, totalement complet, dans toute sa plénitude,’’ a dit Huang Po.

“La pensée est la pensée de la pensée,’’ Stephen pense. Soyez simplement conscient de la conscience, dit un maître bouddhiste. Pour Stephen, “l’âme est la forme des formes.’’ La forme est vide, et le vide est forme; la nature du bouddha se répand à travers tout l’univers. “Tranquillité soudaine, vaste, éblouissante: forme des formes,’’ pense Stephen. La paix est maintenant, la rayonnement ici: le chat ronronne sous la lumière de la lampe; dehors, les nuages cachent une nouvelle lune qui s’elève.

Amy Hollowell Sensei

By | 2017-04-04T06:58:23+01:00 janvier 30th, 2007|Art et Zen|1 Comment

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Enseignante Zen et poète, Sensei Amy “Tu es cela” Hollowell est née et a grandi à Minneapolis, aux Etats-Unis. Arrivée en France en 1981 pour étudier la littérature et l’histoire, elle y est restée, s’installant à Paris, où elle élève ses deux enfants et gagne sa vie en tant que journaliste. The Zen teacher and poet Amy “Tu es cela” Hollowell Sensei was born and raised in Minneapolis, but came to France in 1981 to study literature and history and has lived in Paris ever since, raising her two children and making a living as a journalist.

One Comment

  1. drochon ginette 29 janvier 2009 at 15 h 07 min - Reply

    et il a fait des petites crote pour chier dans son sexe

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