« Ulysse, » épisode 3: notes de lecture

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« Ulysse, » épisode 3: notes de lecture

Homeric link/lien avec Homère: Proteus/Protée
Place/lieu: The strand/la plage
Hour: 11 a.m./11 heures
Color/couleur: Green/vert
Body part/partie du corps: None/aucun
Art/science: Philology/philologie
Symbol/symbole: Tide/la marée

Dans ce dernier des trois premiers épisodes (la première triade), Stephen est véritablement seul pour la première fois, et pendant que le matin se glisse vers midi, son monologue intérieur monte et descend comme les vagues qu’il contemple en se promenant au bord de la mer à Sandymount. Rien dans cet épisode n’est stable, et il est peut-être l’épisode le plus important pour une compréhension du thème spirituel d’“Ulysse.”

Dès la première ligne, nous rencontrons l’esprit de Stephen en train de chercher à comprendre la nature de la réalité, la nature de ce qui est vu et de ce qui n’est pas vu, la relation de “je“ avec l’espace et le temps, les mystères de la forme, du vide, de soi, de l’impermanence, de la naissance et de la mort, de la création. Stephen lutte avec “l’inéluctable modalité du visible,“ y compris sa propre forme visible, et il poursuit sa quête pour trouver l’essence “cachée,“ ce qui est “au-delà“ de la substance ou “dedans.“

Protée, le dieu égyptien de la mer, est impermanent par nature – il représente le changement, le flux, l’instabilité. Sa nature est aussi celle de Stephen et de tous les phénomènes. Tout dans cet épisode coule et se déplace: l’esprit de Stephen, la marée, le sable, le chien errant et les coquetiers, les sages-femmes, ou « Frauenzimmer. » Stephen va uriner et fouiller dans son nez – son corps aussi change sans cesse, l’étoffe de celui-ci est transformée sans fin.

Comme écrit William Tindall à propos de cet épisode, « Nous nous trouvons en train de regarder l’esprit d’un poète-philosophe, un esprit riche, savant, et allusif, qui nous dépasse toujours un peu. » Ceci est l’intention de Joyce, qui montre « une virtuosité consciente dans son traitement de la langue, » selon Stuart Gilbert. Cependant, dans les épisodes suivants nous allons découvrir que l’esprit de Bloom est radicalement différent: c’est celui de tout le monde, plus terreux et plus terre à terre. Et plus tard, l’esprit de Molly Bloom se dévoilera pour nous montrer un esprit tout à fait autre encore.

Le lien avec l’Odyssée d’Homère est un peu indirect, bien que toujours pertinent. Dans l’Odyssée, après avoir consulté Nestor (Deasy dans l’épisode 2) Télémaque a cherché le conseil de Ménélas (le mari d’Hélène), qui lui aussi avait perdu les traces d’Ulysse après la guerre de Troie. Ménélas raconte à Télémaque sa poursuite de Protée, le vieux et insaisissable dieu de la mer qui ne cesse de changer de forme. Protée ne révélera que s’il est capturé la prophétie tant souhaitée par Ménélas: Quel chemin le ramènera chez lui? La forme (le visible) et la nonforme ( l’invisible) ne révéleront leur vérité qu’au moment d’être « capturées. » Mais, Stephen se demande, comment ce qui est en mouvement constant peut être « capturé. » Protée ne cesse pourtant de révéler à Stephen le chemin vers lui-même.

Le symbole choisi par Joyce pour cet épisode est la marée et son mouvement inexorable, ce qui illustre les transformations sans fin de la vie. Une fois encore, ceci est la nature même de toute chose.

La couleur de l‘épisode est verte, ce qui est la couleur de la mer (« vertmorve ») et des algues, des plantes et des arbres, et elle représente la croissance et la transformation. Elle est aussi la couleur des épiphanies de Stephen « écrites sur des feuilles vertes, ovales, » et de la crotte qu’il cure de sa narine. Parmi d’autres allusions à la couleur verte dans cet épisode: dans le souvenir de Stephen d’une visite chez son oncle Richie il y a des références à Verdi (« All’erta! » et l’aria di sortita de Ferrando, p55, lignes 26-28) ce qui veut dire vert en italien. (Joyce était un aficionado d’opéra.)

La philologie, la science du langage, est « l’art » de cet épisode. Le langage et la parole changent sans cesse – ils sont impermanentes – comme Joyce le montre de plus en plus pendant l’évolution de l’épisode (et du livre). Le langage est une modalité de notre humanité, une des « signatures, » ou expressions, de notre être. La philologie est une tentative d’apprendre à lire ces signatures. On demande parfois aux disciples Zen, « Quel est le dernier mot du Zen ? » Les « signes » sont toujours ici, mais nous ne les voyons pas.

Joyce emploie des fragments de nombreuses langues dans cet épisode – le français, l’allemand, l’italien, le latin – et même un dialecte de la langue gitane quand Stephen voit les coquetiers. La mer a son langage, et l’urine aussi: « Mieux vaut en terminer rapidement avec cette besogne. Écoute: discours de l’onde en quatre mots: siissouhh, hrss, rssiiess, ouhhhs. Souffle véhément des eaux au milieu des serpents de mer, des chevaux cabrés, des rocs. Dans les cuvettes des rochers ça ressort: coule, sort, saoule… Puis, tari, son discours s’épuise. » (p68, lignes 7-12) Tout parle; il suffit d’écouter. « Ce sable pesant est un langage que vents et marées ont déposé ici, » Stephen pense.

L’esprit de Stephen est toujours en flux, sautant de sujet en sujet et de pensée en pensée avec une grande vitesse mais sans cohérence apparente. Ceci reflète le mouvement de la mer et de Protée, toujours aussi glissant et fugace. Comme Protée et la mer, l’esprit est insaisissable. « Apporte-moi ton esprit et je le calmerai, » Bodhidharma a dit à son disciple Eka. Eka a cherché en vain avant de retourner pour dire qu’il ne trouvait son esprit nulle part. À quoi Bodhidharma a répondu: « Voilà, je l’ai calmé. » Une autre histoire Zen raconte que deux moines se disputent. Le premier dit que c’est le drapeau qui flotte, et l’autre dit que c’est le vent qui flotte. Le maître Hui Neng – le 6e patriarche du Zen – arrive. « Ce n’est ni le drapeau ni le vent qui flotte, » dit le maître, « c’est votre esprit. »

Tandis que le premier épisode a été associé à l’espace et que le deuxième a été associé au temps, dans le troisième épisode, il s’agit de l’espacetemps, ou du tempsespace. Le sable devient eau et l’eau devient sable, changeant sous les pieds de Stephen. Tout bouge. L’espace et le temps forment les deux bases du triangle des trois premiers épisodes, et l’espacetemps/tempsespace constitue l’apex transcendent, ou intégré.

Rien ne « se passe » vraiment dans cet épisode. L’action se réduit plus ou moins à Stephen se promenant au bord de la mer, en train de réfléchir, de rêver, de se souvenir. Il verra un chien vivant, ce qui lui fera peur, et « la charogne boursouflée » d’un autre. Sur un bout de papier déchiré de la lettre de Deasy, il écrira les premiers vers d’un poème. Il pense peut-être rendre visite à sa tante et son oncle, se rappelant des visites passées, mais il se trouve finalement en route pour la jetée de Pigeon House. Deux « frauenzimmer, » dont l’une « balance balourdement son sac de sage-femme, » apparaissent, puis plus tard les coquetiers et le chien. Stephen va s’allonger sur les rochers, avant d’uriner (« Dessinant de longs lassos du lac Cock affluait l’eau, grosse… » p68, ligne 3; il y a véritablement un lac Cock, mais c’est aussi sa vessie.) Il va déposer une crotte de nez sur un rocher et, se retournant, il voit un bateau qui, comme lui, « rentre au port, » remontant le courant.

Partout, l’esprit de Stephen se déroule. Il a des souvenirs de son séjour parisien (un paragraphe de prose merveilleuse, « Paris se réveille crûment… » p59, lignes 19-27) et des pensées de Mulligan et de Haines (« le sahib à la panthère flanqué de son pointer »), et il se souvient qu’il a rendez-vous avec eux dans un pub, Le Ship, à midi et demi après avoir déposé la lettre de Deasy au journal. Il jure qu’il ne va pas dormir dans « la froide chambre voûtée de la tour » à la tombée de la nuit. Il y a de longues méditations sur le visible (la forme) et sur ce qui réside dedans, invisible (le vide ou la nonforme), et aussi sur le temps et l’espace. Tout ce temps, les pieds de Stephen s’enfoncent dans le sable mouillé qui coule autour de ses bottes (celles de Mulligan).

À l’esprit de Stephen viennent deux mots allemands: Nacheinander, ce qui veut dire une chose après l’autre (le temps), et Nebeneinander, ce qui veut dire une chose à côté de l’autre (l’espace). S’il n’y avait pas le temps et l’espace, il n’y aurait pas de séparation: Nous sommes séparés de ceux qui sont venus avant ou de ceux qui viendront après par le temps, et nous sommes séparés de ceux qui sont dans la pièce d’à côté par l’espace. Mais nous sommes tous un seul corps ici, dans le moment présent.  »Mes deux pieds dans ses godillots arrivent au bout de ses jambes, nebeneinander,’’ pense Stephen, qui porte le pantalon et les chaussures de Mulligan (p52, lignes 21-22). S’il n’y avait pas l’espace, il pourrait être Mulligan.

Dans la baie de Dublin, dans le lointain, Stephen aperçoit un bateau qui est à la recherche d’un homme qui s’est noyé neuf jours auparavant au large de Maiden’s rock. (p63, lignes 18-29) « L’homme noyé » c’est le vrai soi perdu dans un océan d’ignorance, noyé dans la mer frénétique de notre vie quotidienne, submergé par les profondeurs tumultueuses de notre soi ignorant et « séparé. » « Alors, c’est oui ou c’est non? » se demande Stephen. Autrement dit, est-ce qu’il va « mourir » pour sauver son vrai être? « La vérité, crache le morceau, » il insiste, en lutte avec sa peur de se lâcher. Puis il voit « la marée montant rapidement de tous côtés, » et les séparations qui se dissolvent, et il souhaite avant tout avoir pied. « Ce que je veux c ‘est qu’il sauve sa peau, et moi la mienne. » « Mourir » à lui-même c’est lâcher la coquille de son être – la modalité limitée de Stephen – et s’ouvrir à l’illimité. C’est s’unir, ou devenir un, avec tous les êtres, c’est devenir entier, et donc se sauver lui-même et sauver l’homme noyé. « Avec lui ensemble nous coulons, » Stephen se rencontre. Cela va droit au cœur du livre, là où nous trouvons une vérité qui transcende le temps et l’espace et la séparation, où tout est un et où la compassion fonctionne librement. Cela nous conduit au thème ultime de Joyce. Stephen est à la recherche de cette unité, et il sent ce qui en découle naturellement. Bien des heures plus tard, Bloom va lui en offrir confirmation.

Les premiers paragraphes de cet épisode disent tout. Telle est leur densité et leur beauté qu’une vie entière pourrait être consacrée à leur étude. Les brèves indications suivantes pourraient aider à déchiffrer ces passages relativement difficiles mais néanmoins cruciaux.

Voici l’esprit planant de Stephen qui s’élève:

« Inéluctable modalité du visible: ça du moins, sinon plus, pensé par mes yeux. » L’inévitable solidité du monde de la forme est vue, expérimenté à travers les yeux. Selon un usage courant aujourd’hui, nous pouvons dire que nous recevons ses « signatures » en pleine gueule, mais, comme Stephen remarque, ce qui est vu est limité. Qu’est-ce qu’il y a derrière ou dedans? Qu’est-ce qui n’est pas solide? Qu’est-ce que les yeux ne peuvent pas voir? Ceci amène Stephen à Aristote, représenté par le « il » dans la phrase, « Mais il ajoute: dans les corps; » celui-ci est aussi le « maestro di color che sanno, » ou le « maître de ceux qui savent, » comme il a été appelé par Dante dans son Enfer. Selon Aristote, ce sont les couleurs qui rendent les choses visibles. Mais Joseph Campbell ajoute que la science nous montre qu’il n’y a pas de couleurs, « qu’il n’y a que des ondes de lumières qui sont perçues par nos yeux. » Ainsi les couleurs ne sont que dans nos esprits; il en est de même pour tous les phénomènes. Et en même temps, nous ne pouvons pas nous empêcher de nous cogner contre la réalité « solide » de la forme, le plus souvent avec nos « tronches. »

Stephen, dont le regarde a été tourné vers l’extérieur, est renvoyé à l’intérieur par les pensées d’Aristote. Le maître Zen Dogen a fait du même, incitant chacun à « tourner la lumière vers l’intérieur. » Puis Stephen note la dualité du dehors et du dedans, du diaphane et de l’adiaphane, du vu et du pas vu. Nous expérimentons les choses telles quelles sont véritablement que quand ces dualités sont transcendées. Rappelons que cet épisode est la troisième partie de la première triade; il est l’apex transcendant du triangle, dont les deux bases opposées (les deux précédents épisodes) sont toujours dualistes.

« Si l’on peut passer les cinq doigts au travers, c’est une grille, sinon une porte. » Une porte nous enferme; une grille – ou plus exactement un portail – nous laisse passer. La réalité ne se limite pas au monde de la forme, et la forme n’est ni solide ni fixe. S’arrêter au visible c‘est fermer la porte à la totalité. Mais pour rencontrer ce qui n’est pas « vu, » il faut plonger ses cinq doigts dans ce qui est « vu. » Nous devons plonger dans notre vie la tête en avant, plonger dans tout ce qui est à portée de main; nous ne pouvons pas ignorer le monde phénoménal, comme Stephen a tendance à le faire. La forme est notre portail vers la nonforme, mais si nous la limitons avec nos idées, nos opinions et nos concepts, nous faisons d’elle une porte. La forme devient donc un obstacle à la réalisation de notre vraie nature illimitée. La première forme que nous limitons avec une idée est « moi. » Pourtant le soi n’est ni limité ni solide ni fixe, et il est par nature aussi changeant et insaisissable que la mer.

« Ferme les yeux et vois. » Regardez vers l’intérieur. Est-ce que l’existence du monde phénoménal ne tient qu’au fait que je le vois? Les yeux fermés, Stephen entend le craquement des formes de la mer sous ses bottes, « l’inéluctable modalité de l’audible. » Il continue de marcher « dans le noir, » avec sa « frêne épée, » son bâton de marche, toujours à son flanc. « Tape devant: c’est ce qu’ils font, » se dit-il, faisant allusion aux aveugles, qui rencontrent la forme sans les yeux. Pour le moment, Stephen est « aveugle, » ne voyant pas sa vraie nature. Le motif « tape-tape, tape-tape » traverse le livre, car un « aveugle » fait son chemin vers « la vue. »

« Suis-je là en marche vers l’éternité, longeant la grève de Sandymount? Crish, crac, cric, cric. » Il n’y a que ceci, maintenant, ici. Le craquement sous ses pieds renvoie Stephen à Deasy et à ses coquillages vides de vie, mais cela le ramène aussi au rythme de la vie que seul le poète entend. « Le rythme commence, vois-tu. J’entends. » Les premiers vers du poème qu’il va écrire lui viennent avant qu’il ne décide de rouvrir les yeux. Mais il se demande si tout aurait alors disparu. Est-ce qu’il se trouverait à jamais dans le noir de ce qui n’est pas vu?

« Vois maintenant. Tout a subsisté sans toi: et à jamais, pour les siècles des siècles. » La forme n’exclut pas la nonforme, la nonforme n’exclut pas la forme. Pour voir la face lumineuse de la lune nous ne sommes pas obligés de nier qu’il y a une face noire. « Je » n’est pas le point de référence pour les phénomènes innombrables dont les manifestations sont infinies.

De plus, comme Stephen le remarque, ce soi apparemment limité et séparé est une partie d’un tout infini et interconnecté. Stephen se demande ce que la sage-femme a dans son sac, puis décide que ce doit être un « résidu de fausse couche traînant son cordon ombilical. » (p53, lignes 20-25) Il ajoute ensuite: « Tous nos cordons font une chaîne nous reliant au passé, câble toronnant les brins de toute chair. C’est pour ça que les moines mystiques. Vous voulez être comme des dieux? Contemple ton omphalos. » Aucun soi n’existe indépendamment de tous les autres. Chacun et tous sont divins, chaque vie terrestre manifestant l’infini à chaque instant. L’omphalos, le mot grec pour nombril, est le centre de notre être, comme le hara du bouddhisme Zen. Contemplez-le, donc, et vous trouverez la brillante lumière infinie de votre vrai être.

Le train inexorable de la pensée de Stephen, dont le ton est parfois moqueur, parfois sérieux, passe du cordon ombilical au câble puis à la ligne de téléphone: « Allô! Kinch à l’appareil. Passez-moi Édenville. Aleph, alpha: zéro, zéro, un. » (Rappelons que Mulligan appelle Stephen « Kinch le lame de couteau. ») Le cordon ombilical du téléphone nous relie tous, jusqu’à Adam et Éve à Éden(ville), à une « source » inconnue (« Création à partir de rien. »), dont le numéro est  » zéro, zéro, un. » Notez aussi qu’aleph est la première lettre hébraïque (Bloom est juif) et alpha est la première lettre grecque (Dedalus est un nom grec).

Avec cette notion d’interconnexion, Stephen arrive au terme théologique « consubstantiel, » qui veut dire « qui est un par la substance. » Le Christ a dit, « Mon père et moi sommes un, » et pour cela il a été crucifié. Cependant, ceci est l’expérience mystique: Vous êtes l’être divin que vous cherchez ailleurs. En sanskrit, c’est « tat tvam asi » (tu es cela). Mais Stephen se questionne toujours, pensant à ses parents (« cet homme qui a mes yeux, ma voix, et une femme spectrale à l’haleine de cendres ») et cherchant le « père » spirituel qui va l’amener « à la maison. »

Il y a une prémonition de Bloom quand Stephen se souvient d’un rêve qu’il a fait la nuit dernière. (p64-65, lignes 36-37, 1-4) Un homme oriental rencontré dans la « rue des catins » lui parle puis le conduit, lui offrant un melon, « fruit crémeux. » Il invite Stephen à entrer: « Tapis rouge déroulé. Tu verras qui. » Et il en sera bien ainsi.

— Amy Hollowell Sensei

By | 2017-04-04T06:58:23+01:00 avril 2nd, 2007|Art et Zen|0 Comments

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Enseignante Zen et poète, Sensei Amy “Tu es cela” Hollowell est née et a grandi à Minneapolis, aux Etats-Unis. Arrivée en France en 1981 pour étudier la littérature et l’histoire, elle y est restée, s’installant à Paris, où elle élève ses deux enfants et gagne sa vie en tant que journaliste. The Zen teacher and poet Amy “Tu es cela” Hollowell Sensei was born and raised in Minneapolis, but came to France in 1981 to study literature and history and has lived in Paris ever since, raising her two children and making a living as a journalist.

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